Playlist #1

Playlist 18.02.2022

Magazine musical, revue en ligne, site de ressources, boussole en réseaux, Hémisphère son est un multi-média multi-facettes dont l’appétit est insatiable. 
Et la playlist – une de plus pensez-vous? – est pourtant bien le moyen unique et simple d’inventorier, lister, collecter et présenter des artistes, des disques, des créations en dehors de nos chroniques.
Donc rendez-vous tous les mois ou presque!

Le tour de piste de …

… Michèle Tosi

Georges Crumb, Black Angels, (1971)
De l’états-unien George Crumb, Black Angels (1971) – treize images du pays des ténèbres – est une pièce singulièrement puissante écrite en pleine guerre du Vietnam ; une manière d’hommage funèbre pour toutes les victimes de ce conflit. Le voyage sonore est d’une facture originale faisant appel à la symbolique des nombres et aux quelques citations d’œuvres du répertoire comme le Dies Irae et  le quatuor de La  jeune fille et la mort de Schubert. L’harmonica de verre qui résonne sous l’archet des interprètes est un épisode aussi fragile que poétique, effaçant  tout repère temporel.

Sivan Eldar, Heave (2018)
Heave (Soulever) de la compositrice israélienne Sivan Eldar pour six voix et électronique anticipe le propos de son opéra Like flesh qu’elle vient de créer à Lille et que l’Opéra Comédie de Montpellier accueille les 10, 11 et 13 février. L’œuvre est écrite sur des poèmes de Cordelia Lynn retraçant deux expériences amoureuses, l’une humaine et l’autre non humaine. Avec les voix solistes, celles du chœur et les ressources de l’outil électronique.

Florence Baschet, La Muette (2012)
La Muette de Florence Baschet est un monologue pour soprano, ensemble et électronique créée en 2012 à l’Espace de projection de l’Ircam. Le livret conçu par la compositrice, et traduit en persan par Baharé Khadjé-Nouri, prélève quelques extraits du récit de Chandrott Djavann, romancière et essayiste d’origine iranienne qui dénonce la condition de la femme en Iran. Dans les prisons des Mollahs, Fatemeh écrit l’histoire de sa tante et l’amour fusionnel qu’elle a éprouvé pour cette femme libre, « scandaleusement différente », tête nue et cigarette aux lèvres, devenue muette « pour ne pas trahir ».

…  de David Sanson

Sarah Defrise, For Cathy, A Capella Album, A Tribute to Cathy Berberian (Sub Rosa, 2021)
Projet original et singulier que celui de la soprano belge Sarah Defrise pour son premier enregistrement « contemporain » : rendre hommage à son aînée Cathy Berberian (1925-1983), mezzo-soprano américaine qui fut la muse de Luciano Berio. Son disque est un véritable concept-album, insérant des extraits d’un entretien d’archive avec Cathy Berberian, et même un collage électroacoustique composé par Sarah Defrise elle-même. Celle-ci livre par ailleurs des interprétations marquantes des Phonèmes de Pousseur, de l’Aria de John Cage ou de l’hilarant Stripsody, pièce « cartoonesque » de Cathy Berberian herself.

La Ola Interior – Spanish Ambient & Acid Exoticism 1983-1990 (compilation Les Disques Bongo Joe, 2021)
Découverte tardivement (tout est relatif), cette compilation éditée par l’indispensable label suisse Les Disques Bongo Joe exhume un pan totalement inconnu de moi de la scène post-punk et expérimentale espagnole des années 1980. Boîtes à rythmes et synthés vintage, ambiances prenantes – que, sachant leur provenance, on teinte mentalement de soleil – résonnent comme un écho méridional aux Disques du Crépuscule bruxellois… et annoncent aussi une certaine musique électronique berlinoise du tournant du millénaire (on pense parfois à Tarwater). Le genre de musique et de disques que la patine du temps ne fait que bonifier.

Hans Werner Henze, Carillon, Récitatif, Masque (1974 ; vidéo YouTube par le trio sixty1strings) 
Collaborateur du cinéaste Alain Resnais, confident de la poétesse Ingeborg Bachmann, Hans Werner Henze (1926-2012) était le dernier représentant de la grande tradition symphonique allemande, et un pan d’histoire du XXe siècle à lui tout seul. J’ai découvert récemment ce fascinant trio pour guitare, mandoline et harpe de 1974, dont l’atmosphère teintée de néoclassicisme m’évoque les magnifiques pièces pour guitare de sa Royal Winter Music, et dont l’humour nostalgique m’évoque certaines pages de Mauricio Kagel.

… de Sandrine Maricot Despretz

Olivier Longre, Amore Disamore (Cristal Publishing / Absilone – 2021)
Amore Disamore, le nouvel album d’Olivier Longre est librement inspiré du roman Les Villes Invisibles d’Italo Calvino, un poème d’amour aux villes et une subtile réflexion sur le langage, l’utopie et notre monde moderne. C’est à la lueur de ces villes imprévisibles et énigmatiques que les huit titres ont été composés. Olivier Longre joue son nouvel opus au piano, en duo avec le contrebassiste Vincent Girard. Aux compositions minimalistes et mélodiques, colorées par endroit d’un harmonica ou d’une clarinette, viennent s’ajouter de discrètes touches bruitistes et électroniques.

Maria Faust, Kootud relvad/Woven Weapons (2022)
Une des artistes estoniennes les plus acclamées à l’international, Maria Faust se classe elle-même parmi les néo-romantiques avec un mélange de jazz, de musique classique et d’improvisation libre. Kootud relvad/Woven Weapons s’inspire de l’épigénétique et des motifs de tricotage traditionnels. Comme les modifications ADN transmettent des parents aux enfants les traumatismes de la guerre, de la famine ou de la violence, les motifs des costumes folkloriques transmettent les croyances, l’héritage, la vision d’un monde.
Kootud relvad/Woven Weapons a été créé sur la rivière Emajõgi à Tartu, en Estonie en janvier 2022.

TOVEL (aka Matteo Franceschini), The Act of Touch (2020)
Matteo Franceschini prend en 2017 le nom de TOVEL. “Sous le nom de TOVEL, je désire approfondir la figure de l’auteur/interprète dans le but d’expérimenter un nouveau son de l’intérieur » écrit-il pour raconter sa soif de s’impliquer directement sur scène tout en rêvant d’abolir aussi la frontière entre interprètes et spectateurs. et d’insuffler au cadre souvent formaté du « concert classique », de la vitalité comme dans Songbook, voire de la transe  … donc Act of Touch.

THE ACT OF TOUCH (2018) – [trailer] from Matteo Franceschini on Vimeo.

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