Ensemble Des Équilibres Brahms aujourd’hui…

Disques 17.06.2021

La violoniste Agnès Pyka, directrice artistique de l’ensemble Des Équilibres, commande en 2018 à Philippe Hersant, Nicolas Bacri et Graciane Finzi des œuvres inspirées des trois sonates pour violon de Brahms. Ce disque est le témoignage de cette rencontre musicale, servie par une interprétation de haut vol, au côté du pianiste Laurent Wagschal.

Le thème du Regenlied de Brahms, qui irrigue le dernier mouvement de sa Sonate n°1 op. 78 (1878), couramment nommée Regensonate (« Sonate de la pluie »), donne également son nom à la pièce de Philippe Hersant et inspire immédiatement la longue introduction chromatique au violon seul qui ouvre le disque. Ce thème est varié à de nombreuses reprises au cours d’un voyage très expressif, entièrement conduit par un violon virtuose et lyrique, souvent soliste, qui s’envole régulièrement dans les suraigus et joue de nombreuses techniques, doubles-cordes, bariolages en harmoniques, trémolos et pizzicatos. Au fil des différentes étapes sonores de cette composition de près de vingt minutes, le rôle du piano est de colorer sa mélodie du violon par des atmosphères plus impressionnistes que romantiques, passant tantôt par des accompagnements aux reflets irisés, des tremblements dans les aigus cristallins, de solides colonnes harmoniques en forme de choral et des contrechants en arpèges.

C’est sur un tout autre climat que s’ouvre In Anlehnung an Brahms (« Dans l’esprit de Brahms ») de Nicolas Bacri, où violon et piano dialoguent plus franchement et à égalité. Les harmonies mystérieuses et les chromatismes expressifs de l’introduction, entrecoupés de silences, revêtent bientôt une ardeur et une fougue toute romantique. Cette première partie semble assez éloignée du climat serein de la Sonate n°2 op. 100 (1886), composée sur les bords du lac Thun (Thuner-Sonate), une œuvre que Clara Schumann chérissait par-dessus toutes les autres de Brahms. Mais les flammes ardentes du brasier initial retombent sur l’atmosphère plus épurée et profondément lyrique d’une partie centrale apaisée, plus en phase avec sa source d’inspiration, que conclut une dernière séquence plus contrastée, entre agitation féroce et fugaces instants oniriques, dont la coda fait retomber toutes les tensions.

Graziane Finzi choisit de rendre hommage à la Sonate n°3 de Brahms (1888) au travers de quatre brefs mouvements, en écho à sa structure classique. La compositrice tisse sa propre sonate Winternacht (« Nuit d’hiver ») à partir de courts extraits thématiques empruntés au modèle, morceaux de mémoire que l’auditeur peut reconnaître ou non. Sa poésie sonore, traversée des parfums mélancoliques et rêveurs d’un nocturne, se révèle irrésistible. C’est tout particulièrement le cas sur les mouvements lents « Adagio » (2) et « Cantabile » (3), où c’est l’écriture pianistique subtile qui domine la texture, offrant une traversée aux mille couleurs, accompagnée par des touches discrètes de violon. Cette œuvre est la plus riche du disque.

La sonate pour violon et piano pourrait être considérée comme le vestige lointain d’une histoire révolue, où deux héros musicaux d’un passé obsolète croisaient le fer dans un grand épanchement sentimental et virtuose. Hersant, Bacri et Finzi, en adoptant ce modèle au travers de cet hommage à Brahms, savent nous toucher au plus profond tout en prouvant que notre époque peut encore goûter et renouveler ce modèle romantique. Agnès Pyka et Laurent Wagschal ne sont quant à eux jamais dans la démonstration, mais ils subliment avec autant de subtilité que d’engagement ces partitions qui leur sont dédiées.

Guillaume Kosmicki

Disque chez Klarthe Records

Un entretien de Agnès Pyka et Laurent Wagschal sur Classica à lire ici.