Josefin Runsteen HANA–Three Bodies

Disques 07.10.2021

HANA signifie « fleur » en japonais. Cet album en forme d’hymne à la nature est le premier de Josefin Runsteen, même si la musicienne suédoise a déjà à son actif près d’une vingtaine d’opus en collaboration en seulement six ans. Composé pour soutenir une danse butō écrite et interprétée par la chorégraphe Frauke, il déroule de riches paysages constamment changeants au travers de cinq scènes évoquant le vide, l’eau, le feu, la terre et l’air.

Pour ce projet au carrefour de nombreux styles, Josefin Rusteen s’occupe de tout : composition, production, arrangements et enregistrement. Elle chante, programme et joue aussi tous les instruments : violon, alto, mandoline, mandole, harpe, guitare, piano droit, synthétiseurs, basse, batterie et percussions. Car Josefin Runsteen est une artiste complète qui ne se refuse aucune influence, qu’elle soit électro, pop, ambient, field recording ou expérimentale.

« Secret Garden » ouvre le disque sur des matières granulaires synthétiques. Ce chant obscur et guttural, surgi des profondeurs abyssales, s’élève par filtrage et s’achève sur une atmosphère de canopée, saturé de cris d’oiseaux et de stridences électroniques. C’est alors qu’une harpe aux harmonies étranges déroule au fil de ses boucles accidentées un chemin sinueux jusqu’à la voûte céleste, dans un écrin de nappes de synthétiseurs. On retrouve le son de la harpe au début de « Coldburn », sur un tapis de pluie crépitante, avant que la voix grave et chaleureuse de Josefin Runsteen s’élève sur une boucle basse/beat groovy. La quiétude de ce chant s’achève sur une nouvelle phase ambient, peuplée de sons liquides et de multiples crépitements et grondements électroniques.

« Bloom » envahit le champ sonore de cordophones hypnotiques, guitare, mandole violon, alto, et tintinnabulements de cloches, dans un tourbillon extatique aux parfums de musique traditionnelle asiatique, en lente montée crescendo vers un climax solaire qui colonise tout le spectre, rehaussé par le lyrisme de vocalises virtuoses. « Sakura » chemine à partir d’une sourde boucle rythmique, ancré au cœur de la terre, que rehaussent des ajouts de percussions. Des samples vocaux intensifient le rituel avant que, sans crier gare, le rythme et les timbres changent du tout au tout pour s’appuyer sur une lente batterie acoustique. Une nouvelle cassure s’opère sur un accelerando et un lointain solo de piano saturé, comme sorti d’un rêve.

Violon et alto, en duo quasi romantique, ouvrent et clôturent « Banyan », qui plonge dans les sonorités éthérées d’un synthétiseur, soutien à une voix à peine timbrée entonnant une mélodie pop, portée par un sourd beat techno. Cette dernière pièce entraîne l’auditeur dans l’énergie d’une rave cosmique. L’atmosphère réverbérée de l’album, ses textures soignées et ses captivants changements d’ambiance offrent un voyage onirique dont les multiples couleurs restent longtemps en tête.

Guillaume Kosmicki

Disponible sur les plateformes :
Spotify: https://spoti.fi/3iydeTW
Deezer: https://bit.ly/3mt0aAb
Apple Music: https://apple.co/3iE5v6D

Disponible en vinyle:
https://www.bengans.eu/en/artiklar/josefin-runsteen-hana-three-bodies-original-soundtrack.html

Photo © Antony Tian
Photo © Philip Larsson